mardi 29 janvier 2008

Star, scene

Le chanteur de Tokio Hotel parle


Je stress. C’est énorme. Ce n’est pas la première fois que je fais ça, mais à chaque fois je stress. Une dernière vérification, mes trois coéquipiers sont là, ils sont prêts. Mon frère me fait un sourire et un clin d’œil. Je lui réponds.

Le stress est toujours là, mais je sens un début d’excitation qui commence à le remplacer. Devant moi, derrière une cloison, des spectateurs en folie crient à s’en casser la voix. La présentatrice parle. Soudain, je l’entends dire le nom de mon groupe. En réponse à ça, une explosion de voix de filles retentit autour de moi. Il est temps. Je mets mes écouteurs et attends.

Il faisait sombre ici, si bien qu’au moment où s’ouvrent les cloisons, je ne vois rien pendant plusieurs secondes. Tous les projecteurs étaient braqués sur moi. Des centaines de personnes me regardaient, leurs yeux cherchant les miens.

Mon groupe attendit un très court instant avant de débuter. Pendant ce temps là, je parcours la salle des yeux. Des filles entaient en larmes, d’autres formaient des cœurs avec leurs doigts, et toutes criaient.

La musique est lancée, le stress est rapidement remplacé par de l’excitation pure. J’adore ces moments, je me sens en communion avec la musique et la foule.

C’est mon tour, je commence à chanter. C’est une des chansons que j’ai composé, c’est dire si je la connais bien, mais à chaque fois j’ai peur de me tromper. Ça n’arrive jamais.

J’écoute un peu la foule : elle chante. Je ne suis pas dans mon pays, ils ne parlent pas ma langue, pourtant ils chantent tous mes morceaux avec les paroles dans ma langue. J’éprouve soudain un élan de gratitude pour ces fans qui m’adorent, et qui me soutiennent. Sans eux, je ne suis rien.

Pendant l’entière durée de la chanson, je ne souris pas, concentré sur ma tâche. J’arpente la scène et dance plus ou moins, pour la plus grande joie des fans. C’est un moment de pur bonheur. Je chante…je chante corps et âme…et le public aussi.

Quoi, c’est déjà fini ? L’accord final résonne dans la salle, immédiatement recouvert par les applaudissements tumultueux de la foule. L’animatrice parle, mais la foule n’a d’yeux que pour moi.

Je me mets soudain à sourire sans pouvoir m’arrêter, j’agite mes mains, je nage dans le bonheur.

Soudain, à mon grand désarroi, la cloison commence à se refermer lentement mais surement, me coupant de la scène où j’étais. Je me retourne, mon frère me donne une tape dans l’épaule, puis on s’en va. Je commence à fatiguer, je vais rentrer à l’hôtel et me coucher.

vendredi 7 décembre 2007

Commerçante chaleureuse

Un soir, alors que je finissais les cours, j'ai eu envie de faire un tour en ville, plus précisément d'aller acheter quelque-chose dans l'épicerie du coin. Je sors de l'internat, et je me dirige vers la place juste en dessous, où il y a l'épicerie en question.
C'est un petit magazin de proximité, du genre de ceux qui exposent leurs fruits en devanture et où les commerçants sont très chaleureux.
Je rentre donc dans ce magazin, et je vois immediatement sur ma gauche la caissière (40 ans) (qui devait être aussi la gérante et propriétaire du magazin) qui avait une discussion assez animée avec un homme du quartier (60 ans).
Je lance un "bonjour" et à ma grande surprise, la femme, loin de me répondre, me lance un regard noir. Etrange. Mine de rien, j'entreprends de chercher quelque chose à acheter. Je remarque toutefois que la femme épie le moindre de mes mouvements, comme s'ils pourraient trahir je-ne-sais-quoi de mes intentions. J'avance un des deux rayons, et j'aperçois au passage une grille interdisant l'accès à l'étagère où étaient rangées les boissons alcoolisées (bière...). De plus en plus étrange.
Alors que je change de rayon, je disparais momentanément du champ de visions de la caissière; j'en profite pour lui jeter un coup d'oeil, et je la vois qui scrute attentivement l'écran relié à une caméra, celle-là même qui bourdonne au dessus de ma tête.
Tout en passant devant des bouteilles de limonades, j'éprouve soudain l'envie d'acheter des mandarines. J'avance vers la caisse où il se trouve un bac contenant de rares légumes. Je m'arrête pour essayer de me souvenir de l'emplacement des fruits. Au moment même où je me tourne vers les présentoires exterieurs, la gérantes m'interpelle:
-"Vous cherchez quelque-chose...monsieur?
-Oui madame je cherche des mandarines s'il-vous-plaît.
-C'est dehors."
A ce moment là, je suis content d'avoir mon manteau, car sinon la chaleur de sa voix m'aurrait immédiatement transformé en glaçe.
Je sors (même si j'avais décidé de ne plus acheter des mandarines), et pour faire bonne mesure, je jette un oeil au fruits. Améliorable. Je re-rentre donc les mains (et les poches) vides, me dirige vers les limonades puis je pose deux bouteilles sur la caisse. La femme scanne les codes-barres et me lance "un soixante".
Je réalise alors que cette femme possède deux dons extraordinaires: un sens du commerce très poussé et une capacité à frigorifier une discussion rien qu'en parlant.
Je lui tend un billet de 5€ plus tout-à-fait jeune qu'elle observe avec attention, comme si je lui avait donné un faux. Finalement, elle l'encaisse, et sans un regard vers ma main tendue pour récupérer la monnaie, elle la dépose sur la caisse avec une totale indifférence. Extraordinnaire!
Sur-ce je prend bouteilles et monnaie et je sors en disant "Merci, bonne soirée, au revoir" avec un grand sourire. Aucune réponse! J'en suis littéralement scotché.
En passant la porte, je dit, quoique tardivement, "quelle chaleur". Je ne sais pas si elle à compris que je ne parlais pas de sa climatisation mais bien d'elle même, mais bon. En passant devant la vitrine, je la vois qui me regarde bizarrement. A-t-elle compris? Ou verifie-t-elle seulement que je ne vole rien? Mystère.
Un regard en m'éloignant, et je songe à cette phrase écrite sur la devanture "mon épicier est un type formidable".