Le chanteur de Tokio Hotel parle
Je stress. C’est énorme. Ce n’est pas la première fois que je fais ça, mais à chaque fois je stress. Une dernière vérification, mes trois coéquipiers sont là, ils sont prêts. Mon frère me fait un sourire et un clin d’œil. Je lui réponds.
Le stress est toujours là, mais je sens un début d’excitation qui commence à le remplacer. Devant moi, derrière une cloison, des spectateurs en folie crient à s’en casser la voix. La présentatrice parle. Soudain, je l’entends dire le nom de mon groupe. En réponse à ça, une explosion de voix de filles retentit autour de moi. Il est temps. Je mets mes écouteurs et attends.
Il faisait sombre ici, si bien qu’au moment où s’ouvrent les cloisons, je ne vois rien pendant plusieurs secondes. Tous les projecteurs étaient braqués sur moi. Des centaines de personnes me regardaient, leurs yeux cherchant les miens.
Mon groupe attendit un très court instant avant de débuter. Pendant ce temps là, je parcours la salle des yeux. Des filles entaient en larmes, d’autres formaient des cœurs avec leurs doigts, et toutes criaient.
La musique est lancée, le stress est rapidement remplacé par de l’excitation pure. J’adore ces moments, je me sens en communion avec la musique et la foule.
C’est mon tour, je commence à chanter. C’est une des chansons que j’ai composé, c’est dire si je la connais bien, mais à chaque fois j’ai peur de me tromper. Ça n’arrive jamais.
J’écoute un peu la foule : elle chante. Je ne suis pas dans mon pays, ils ne parlent pas ma langue, pourtant ils chantent tous mes morceaux avec les paroles dans ma langue. J’éprouve soudain un élan de gratitude pour ces fans qui m’adorent, et qui me soutiennent. Sans eux, je ne suis rien.
Pendant l’entière durée de la chanson, je ne souris pas, concentré sur ma tâche. J’arpente la scène et dance plus ou moins, pour la plus grande joie des fans. C’est un moment de pur bonheur. Je chante…je chante corps et âme…et le public aussi.
Quoi, c’est déjà fini ? L’accord final résonne dans la salle, immédiatement recouvert par les applaudissements tumultueux de la foule. L’animatrice parle, mais la foule n’a d’yeux que pour moi.
Je me mets soudain à sourire sans pouvoir m’arrêter, j’agite mes mains, je nage dans le bonheur.
Soudain, à mon grand désarroi, la cloison commence à se refermer lentement mais surement, me coupant de la scène où j’étais. Je me retourne, mon frère me donne une tape dans l’épaule, puis on s’en va. Je commence à fatiguer, je vais rentrer à l’hôtel et me coucher.
